samedi 28 mars 2020

Ne pas dire: "Si seulement j'avais su!" (Jean 11,1-45)


Attribution: Superman Fights Coronavirus by Rick McKee, CagleCartoons.com

J’ai vu cette caricature sur internet cette semaine et ça m’a fait bien rire.  Vous voyez ici Superman assis confortablement dans son salon.  Une dame qu’on peut imaginer être sa mère lui adresse un reproche sur un ton un peu agressif en lui demandant s’il ne pourrait pas faire quelque chose pour combattre le virus COVID-19.  Superman répond en disant : « Mais je fais quelque chose ».  Il a en main un journal dont la manchette en première page dit : « Restez à la maison. »  C’est sympa non?
Nos superhéros ces jours-ci ce sont les professionnels de la santé qui s’occupent de nos malades atteints du virus.  Leur dévouement n’a pas d’égal.  On peut prier pour eux ce matin.
Jésus aussi joue aux superhéros dans l’évangile.  Nous avons ici un des textes les plus spectaculaires de tous les évangiles!  Peut-il y avoir quelque chose de plus extraordinaire que de faire ressusciter un mort?  Et de le ramener à la vie 48 heures après son décès?  Et après qu’il ait été déposé dans sa tombe?  Et que l’odeur de la mort se fait sentir?  De fait, dans l’évangile selon St Jean la résurrection de Lazare représente le point de non-retour pour Jésus.  À partir de ce moment, ses ennemis vont définitivement avoir décidé de son sort.  Il est fini.
Est-ce pour cela que Jésus hésite à aller voir son ami?  En tout cas, l’attitude de Jésus est étonnante.  Mettons-nous à la place de Marthe et Marie qui envoient un messager dire à Jésus que son ami Lazare est mourant.  Ce messager revient et dit à la famille : « Je ne sais pas trop.  Il avait pas l’air pressé. »  Mettons-nous à la place de Lazare aussi!  Il sait qu’on est allé aviser Jésus.  Il sait que Jésus sait qu’il est mourant.  Il fait un effort pour l’attendre parce qu’il sait que Jésus pourrait le sauver.  Mais Jésus n’arrive pas.  Quelle effroyable agonie!
Parfois dans la vie on dit : « Si j’avais su! »  Combien de fois l’avez-vous dit et pour combien de circonstances différentes?  Pensez-y.  Je ne donne même pas d’exemple… « Si seulement j’avais su. » Jésus ne pouvait pas dire en arrivant chez son ami Lazare 48 heures après sa mort : « Si j’avais su! »  Il n’avait même pas besoin de le dire.  Jésus savait ce qu’il faisait depuis le début.  Il voulait tester la foi de Marthe et Marie.  Mais à quel prix pour le pauvre Lazare?

Cependant, une fois que le miracle est accompli, plus personne dans le foyer de Béthanie ne va mettre en doute les intentions de Jésus.  Tout le monde comprend que cet événement prodigieux était destiné à prouver que Jésus est Maître de la vie et de la mort.  Jésus est prophète ici.  Il parle de sa propre mort.
Depuis trois semaines déjà les autorités sanitaires nous cassent les oreilles en nous disant de rester à la maison.  La raison est simple : le seul moyen de nous protéger contre ce virus aux conséquences dévastatrices, c’est précisément de rester à la maison.
Dans un mois, ce serait dommage que vous et moi on se mette à dire : « Si seulement j’avais su! »  Parce que c’est un fait que… nous savons.
Vous et moi, nous pourrions être des superhéros comme Superman dans la caricature.  Vous et moi nous pourrions faire un acte de foi semblable à celui de Marthe et Marie (malgré leur doute) pourvu que nous mettions en pratique cette parole toute simple : « Restons à la maison. »

samedi 21 mars 2020

Poser des questions et y répondre... (Jean 9,1-41)


Vous rappelez-vous l’époque où ce n’était pas bien vu de trop poser de questions dans l’Église?  Quand quelqu’un demandait : « Pourquoi c’est comme ça? », on l’interprétait comme une manière de mettre en doute le status quo.  C’était comme si on nous disait : « Si tu as la foi, pose pas de question! »

Or, ce n’est pas vraiment le parcours de l’aveugle-né dans le texte de l’évangile que nous venons d’entendre.  Car ce pauvre type est malmené de tous bords et de tous côtés.  Tout le monde lui pose des questions, parfois la même deux fois plutôt qu’une, et lui-même en a une ou deux.  Le plus étrange cependant c’est que ces questions bien loin de le faire sombrer dans le doute sur lui-même et sur ce qui lui arrive, le font plutôt approfondir sa foi…  Voyez par vous-même : au début du récit il désigne Jésus simplement par le terme « l’homme qu’on appelle Jésus » mais à la toute fin du récit, quand Jésus lui demande : « Crois-tu au Fils de l’homme? »  Il finit par le reconnaitre et proclame : « Je crois, Seigneur! »  Jésus n’est plus seulement un type quelconque, il est devenu son maitre et son Seigneur.  Ils se connaissent mutuellement.
Ce que ce récit nous montre c’est qu’il n’y a rien de mieux dans la vie que de se poser des questions.  C’est bien de se poser des questions par rapport à nous-mêmes : « Est-ce que je suis vraiment la personne que je désire être? »  « Quelles sont mes forces?  Quelles sont mes faiblesses? »  C’est important aussi de laisser les autres nous remettre en question.  Parfois, une personne qui nous connait bien a le mot juste pour nous remettre sur le droit chemin quand on en a de besoin.  Et enfin, parfois il ne faut pas avoir peur de nous-mêmes poser des questions en fonction des événements de la vie. Ce qui est en jeu ici, c’est de se connaitre vraiment personnellement.  Ç’a fait du bien de se connaitre soi-même.
C’est ce qui arrive à l’aveugle-né.  Plus on lui pose des questions, plus il se rend compte que Jésus doit être quelqu’un de spécial.  Quand il constate que les Pharisiens ne comprennent pas et ne veulent pas comprendre, quand il constate que sa propre famille a peur, il passe de l’indifférence à une profession de foi pleine de vigueur.  Parfois, ç’a fait du bien de poser des questions et de faire un effort pour y trouver des réponses.
Présentement, il y a beaucoup de monde qui se posent des questions par rapport à la menace du virus Covid-19.  Certains vont même jusqu’à remettre en question la pertinence des mesures draconiennes que le gouvernement impose à  la population.  On questionne et on met en doute.  Or, j’ai été surpris de voir sur facebook le témoignage d’un citoyen du nord de l’Italie qui a survécu au coronavirus et qui offre un plaidoyer percutant par rapport à son expérience.  Il dit : « Contrairement à ce que certaines personnes prétendent, ce virus n’est pas seulement une grippe.  C’est quelque chose qui prend possession de tout ton être et qui prend tes poumons.  Il y a trop d’ignorance par rapport à ce virus, dit-il.  Comment peux-tu vaincre ce que tu ne connais pas? »  Il a bien raison ce monsieur, comment peut-on vaincre l’ennemi qu’on ne connait pas…  C’est bien vrai. 
À l’heure actuelle de grands sacrifices sont imposés à chacun et à chacune d’entre nous.  On n’a pas encore vu le pire de la pandémie.  À défaut de ne pas connaitre l’ennemi, il faut se protéger.  Et dans un autre ordre d’idées (totalement), si on réalise à un moment donné ou l’autre dans notre vie que la personne de Jésus nous fait beaucoup plus de bien qu’on le pensait au départ, c’est peut-être le temps pour nous de nous rapprocher de lui.  L’aveugle-né l’a fait et il peut enfin dire : « Jésus, je te connais. »

dimanche 15 mars 2020

Avoir soif! (ou bien, le virus corona n'aura pas le dernier mot)


Avez-vous déjà eu soif?  Vraiment soif?  Au point d’avoir la bouche sèche?  En plein été?  Durant la canicule?  « Si seulement je pourrais avoir de l’eau, » pensiez-vous.  Même de l’eau pétillante à saveur de fruit, vous connaissez?  Une eau pétillante, bien fraîche.

La Samaritaine qui se présente au puits au moment le plus chaud de la journée avait probablement soif.  En tout cas, elle avait besoin d’eau.  Jésus aussi doit avoir soif.  Lui aussi se présente au puits.  Dans leur soif respective se dégage une rencontre qui dévoile une autre soif plus profonde : la soif de la Samaritaine pour l’amour vrai et la soif de Jésus d’offrir cet amour à quiconque voudra bien l’accueillir.
Nous vivons présentement une période stressante pour la vie de chacun et de chacune d’entre nous.  Des personnes âgées s’inquiètent pour leur bien-être physique, des parents s’inquiètent pour leurs enfants de même que pour leurs parents.  D’autres pensent peut-être que les mesures prises sont exagérées.  D’une manière ou l’autre, notre vie quotidienne est bouleversée, notre routine est sens dessus dessous.  Nous vivons dans l’incertitude par rapport au lendemain, voire même dans l’anxiété.
Pour vous qui êtes ici tous les dimanches, l’idée qu’on puisse vous priver de l’Eucharistie alors que vous en avez le plus besoin est pour le moins déconcertante.  C’est un sacrifice difficile à accepter.  Après tout, quand on a soif, on veut boire!
J’aimerais vous dire ce matin que la soif spirituelle ne se rassasie pas de la même manière que la soif du corps physique.  Pour le corps, tant qu’on n’a pas de l’eau, notre soif n’est pas rassasiée.  Pour l’esprit, pour l’âme, c’est différent.  Écoutez-moi bien : le seul désir spirituel peut compenser le manque; oui, le seul désir spirituel peut compenser le manque.  Car Dieu ne regarde pas comme les hommes, Dieu regarde le cœur.  Si vous désirez intensément quelque chose, le Seigneur le sait, lui.

Ainsi donc, vous avez soif de célébrer l’Eucharistie.  Vous êtes peinés et désorientés que cela ne soit pas possible. Vous vivez un moment difficile qui vous cause du stress et vous vous voudriez pouvoir rencontrer Jésus.   Eh bien, vous pouvez très bien le faire dans le secret à partir de la maison et désirer communier avec Jésus de manière spirituelle, dans votre cœur.  C’est ce qu’on appelle faire une communion spirituelle.
Alors, avez-vous soif?  Désirez-vous rencontrer Jésus?  Désirez-vous le recevoir?  Alors disons ensemble cette belle prière composée par St Alphone de Liguori au 17e siècle :
Mon Jésus, je crois à votre présence dans le Très Saint Sacrement.
Je vous aime plus que toute chose et je désire que vous veniez dans mon âme.
Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon cœur : venez-y au moins spirituellement.
Je vous embrasse comme si vous étiez déjà venu, et je m’unis à vous tout entier.
Ne permettez pas que j’ai jamais le malheur de me séparer de vous.  Amen.

dimanche 9 février 2020

Jésus, un coach de vie (Matthieu 5,1-16)

Avez-vous déjà entendu parler des coachs de vie?  Savez-vous c’est quoi?  On les appelle « Life Coach » en anglais et on les associe souvent avec les psychologues.  On dit que le coaching de vie s'adresse aux personnes relativement « saines d’esprit » aux prises avec des difficultés normales de la vie. Le coach de vie accompagne son client à atteindre ses buts.  Les clients des coachs de vie ne sont pas seulement des individus; des compagnies et des organisations ont souvent recourt à des conférenciers doués qui vont s’adresser aux membres du groupe en parlant par exemple de la pensée positive (ou positive thinking, comme on l’appelle en anglais).

Voici quelques exemples de pensées positives qui sont supposées vous remettre de bonne humeur et vous encourager dans la vie : « Tu as le droit d’être toi-même.   Il n’y a pas d’échecs, il n’y a que des expériences.  Tes efforts, ton travail sont une raison d’être fier de toi.  Tu n’es pas en train d’échouer, tu es en train d’apprendre.  Tu n’as pas besoin d’être parfait.  Chacun d’entre nous est une merveille. »
C’est jolie, n’est-ce pas?  Vous vous sentez mieux, n’est-ce pas?  Si Jésus vous disait cela ce soir, vous seriez drôlement heureux et heureuses, n’est-ce pas?  Eh bien, Jésus nous dit justement : « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »
Cependant, la portée de ces affirmations de Jésus va beaucoup plus loin que les belles pensées positives que je vous ai nommées. Ces pensées-là ont un seul but : vous permettre de croire en vous-mêmes, de croire que vous pouvez accomplir tout ce que vous voulez et réussir tout ce que vous entreprenez.  Jésus, lui, nous offre des paroles qui nous permettent de croire en LUI d’abord et croire que la vie humaine vaut beaucoup plus que les expériences qu’on a sur la terre, peu importe qu’elles soient fantastiques ou catastrophiques.

Voyez-vous, quand Jésus nous dit : « vous êtes le sel de terre, vous êtes la lumière du monde » il ne nous dit pas ça pour nous faire plaisir à nous, il dit cela pour nous encourager à faire plaisir aux autres.  « Vraiment? », me demandez-vous?  Bien sûr.  Quand Jésus dit : « vous êtes le sel de la terre », il nous dit qu’il faut donner du goût aux aliments, il faut donner du goût à la vie des autres.  S’il nous avait dit : « vous êtes un gâteau au chocolat » ça aurait été différent!  Personne n’a jamais mangé du sel tout seul, mais si c’est votre fête vous pouvez très bien manger le gâteau au chocolat d’un seul coup.
Quand Jésus nous dit : « vous êtes la lumière du monde », il ne dit pas que nous sommes brillants comme le soleil, ou intelligents comme une ampoule de 150w.  Il nous dit : « que votre lumière donne aux autres la possibilité de voir plus clair. »  La lumière n’est pas pour nous, elle est pour les autres.

Les coachs de vie et les conférenciers sur la pensée positive sont plus populaires que jamais.  Pendant ce temps, nos églises sont à moitié vides.  On pourrait essayer de trouver dans les évangiles des épisodes où Jésus essaie de nous remonter le moral, et pour ça, on n’a pas besoin d’aller plus loin que les versets qui précèdent l’évangile d’aujourd’hui.  Il s’agit des Béatitudes.  Or, Jésus dans les Béatitudes nous surprend.  Il nous dit : vous êtes heureux!  Oui vous êtes vraiment heureux!  Et alors on demande : « comment on est heureux ? » et Jésus répond : « Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, heureux ceux qui ont fait et soif de la justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, heureux si l’on vous insulte, si l’on vous persécute, et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous. »

Drôle de pensée positive?  Drôle de coach de vie, n’est-ce pas?  Et pourtant, c’est Jésus qui le dit.  Et il le répète plus tard dans son évangile : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive car qui perd sa vie à cause de moi la gardera. »
Alors, si nous avons envie de nous décourager parfois, retournons à l’évangile, et répétons les paroles de Jésus : « je suis le sel.  Je suis la lumière. Je peux vraiment faire une différence dans la vie des autres. »  Après tout, «  il y a plus joie à donner qu’à recevoir » et ça c’est la Bible qui le dit et les coachs de vie aussi!

dimanche 2 février 2020

Jésus est la lumière

(Luc 2,22-40)
Vous vous demandez peut-être comment ça se fait qu’on célèbre aujourd’hui la Présentation du Seigneur au Temple?  Ça n’arrive pas tous les ans.  La dernière fois que c’est arrivé c’était en 2014.  Il s’agit d’une des fêtes fixes du calendrier liturgique qui, lorsqu’elles tombent un dimanche, prennent la place de la célébration du dimanche.  Vous voulez quelques exemples?  La Transfiguration du Seigneur au mois d’août, la Croix glorieuse au mois de septembre et la Dédicace de la basilique du Latran au mois de novembre.  Ces célébrations sont prévues à des dates bien précises.

Aujourd’hui, 2 février, 40 jours après Noël, nous célébrons la Présentation du Seigneur au Temple.  On rappelle le geste posé par Marie et Joseph qui portèrent l’Enfant Jésus au Temple pour la purification de la mère et de l’enfant selon les prescriptions de la loi de Moïse.  Marie et Joseph étant de fervents Juifs, ils n’allaient pas négliger ce devoir de leur part.
De par la signification très spirituelle de cette fête, le saint pape Jean Paul II a établi en 1996 que ce jour serait désigné comme la Journée de la vie consacrée.  Cette journée a pour objectif de présenter la vie religieuse à tous les fidèles, tout spécialement les jeunes, afin qu’ils aient une connaissance exacte de ce grand don de Dieu qu’est la vie consacrée.

Le geste des chandelles allumées est significatif mais il demande un peu d’explication.  En tout cas, il ne faut pas le confondre avec celui de la Veillée pascale!  Il ne faut pas non plus le confondre avec le dimanche des rameaux.  Ce qui est important ici, c’est le geste d’allumer des chandelles afin de nous unir avec Marie et Joseph qui présentent leur nouveau-né au Temple.  Nous voulons nous aussi nous présenter au Temple.
De fait, on pourrait dire bien des choses au sujet de cette fête mais j’aimerais simplement attirer votre attention sur la dimension ‘cosmique’ de notre célébration.  Vous n’êtes pas sans savoir que Jésus a indiqué à quelques reprises qu’il était le Temple de Dieu – il est le nouveau Temple.  À partir de Jésus, il n’y a plus vraiment besoin du Temple de Jérusalem.  Jésus dira : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Mais Jésus parlait du sanctuaire de son corps. »  Pensez-y un instant, l’Enfant-Jésus, le fils du Père éternel, le Christ Seigneur, le Messie Sauveur, le Temple du Dieu vivant, est présenté lui-même au Temple!  Nous avons en même temps et au même endroit deux Temples qui représentent le même Dieu tout-puissant!  C’est lequel qui contient lequel?  Est-ce Jésus qui vient au Temple ou bien est-ce le Temple qui reçoit Jésus?
Bref, il s’agit ici d’un geste d’une portée absolument inouïe!  L’évangéliste St Luc nous le confirme plus tard dans son évangile.  Alors que Jésus est crucifié et qu’il est sur le point de mourir l’évangéliste écrit : « Le rideau du Sanctuaire du Temple se déchira par le milieu.  Alors Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. »  Ainsi donc, peu de temps après sa naissance, Jésus est présenté au Temple et ensuite, juste avant sa mort, le rideau du Sanctuaire est déchiré en deux.

St Paul nous dira aussi que nous sommes nous-mêmes le Temple de l’Esprit Saint.  Si nous sommes le Temple de l’Esprit Saint ce n’est certes pas par nos propres moyens, c’est grâce à Jésus.  La grâce de Dieu nous permet de nous unir à Jésus qui est le Temple du Dieu vivant.
Voilà pourquoi cette fête devient une fête pour encourager les vocations à la vie religieuse, parce que la vie religieuse c’est précisément l’annonce que chacun et chacune d’entre nous nous sommes le temple de l’Esprit Saint.  C’est vrai, c’est beau, c’est grand.  Tellement vrai, tellement beau et tellement grand que des hommes et des femmes laissent tout et sont prêts à faire comme Jésus et à se présenter au Temple pour offrir toute leurs vies, toutes leurs puissances, toutes leurs existences au Seigneur Jésus.
Au fond, cette fête nous ramène à notre vocation chrétienne personnelle.  Au jour de notre mort, le Seigneur va regarder si, oui ou non, on a toujours notre lampe allumée.  Ce matin nous sommes rentrés avec des chandelles allumées mais quand on va mourir, seront-elles encore allumées?


dimanche 26 janvier 2020

Le dimanche de la Parole



Le 30 septembre dernier, mémoire de St Jérôme, et le jour même du 1600e anniversaire de sa mort, le pape François a institué qu’à partir d’aujourd’hui, le 3e dimanche du temps ordinaire serait désigné comme le dimanche de la Parole.  St Jérôme a été le premier traducteur de la Bible pour usage dans l’Église Catholique au IVe siècle.
Cette décision du pape n’est pas anodine.  Déjà lors de la conclusion du Jubilé de la Miséricorde, au mois de novembre 2016, le pape François avait exprimé le désir qu’un dimanche soit entièrement consacré à la Parole de Dieu, afin de « mieux comprendre l’inépuisable richesse qui provient du dialogue constant entre Dieu et son peuple. »
Ce que nous voulons mettre en évidence en ce dimanche c’est l’importance de la Parole de Dieu dans nos vies.  Certes, nous entendons des textes tirés des Saintes Écritures à chaque dimanche, mais il faut aussi savoir que sur une période de trois ans, nous n’entendons qu’une petite partie des 72 livres de la Bible.  C’est donc dire qu’on ne peut vraiment dire que la Parole de Dieu est importante pour nous si nous nous contentons de venir à la messe du dimanche…
Il faut aussi ajouter que pour nous, Catholiques, ce n’est pas seulement la Bible, le livre des Saintes Écritures, qui est important.  De fait, on n’a jamais vu dans nos bancs des Bibles pour votre usage personnel; des Bibles que le prêtre pourrait vous demander de prendre en main pour aller chercher des passages précis…  Nous, ici, nous utilisons un Lectionnaire.  Dans le Lectionnaire, les textes principaux des Saintes Écritures sont répartis tout au cours de l’année dans l’ordre et le désordre.  Il y a certes un plan, mais ce plan ne ressemble absolument pas à la Bible que nous avons à la maison.

La raison est assez simple : nous, Catholiques, nous sommes le Peuple de Dieu qui entend la Parole de Dieu.  Le verbe utilisé ici est intentionnel.  Nous ‘entendons’ la Parole de Dieu parce que nous ‘l’écoutons’ avec nos oreilles.  Si donc nous entendons et nous écoutons la Parole de Dieu c’est parce qu’elle est d’abord et avant tout PROCLAMÉE.  La Parole de Dieu n’est pas seulement ‘lu’, elle doit être proclamée.  Nos lecteurs, le diacre, les prêtres, nous ne faisons pas seulement ‘lire’ les lectures;  nous proclamons la Parole de Dieu.  Nous la proclamons pour que vous puissiez l’entendre et que l’ayant écouté, vous pouviez en être inspiré pour la mettre en pratique dans vos vies.
C’est la raison pour laquelle nous ne portons pas une attention trop importante au Lectionnaire.  Il s’agit bien d’un livre important mais il est important dans la mesure où il est bien utilisé.  Une fois que la Parole de Dieu a été entendue, il est d’usage qu’on peut mettre de côté le Lectionnaire sans pour autant manquer de respect à la Parole qui a été lu.  Pourquoi?  Parce qu’une fois que la Parole de Dieu a été proclamée, entendue, accueillie, il ne reste plus qu’à la mettre en pratique.  Le livre a accompli sa mission dans la mesure où la vibration des mots qui ont été proclamés produit en vous le désir de faire le bien.  Ainsi donc, si vous vous endormez pendant les lectures, ou bien si vous n’arrivez pas à entendre les lectures à cause du mauvais système de son, on manque notre coup – totalement.
Évidemment, on ne cherche pas seulement à être gentil à l’église.  On n’enseigne pas seulement qu’il faut être patient et bon les uns avec les autres.  On n’a pas besoin de venir à l’église pour ça, on peut très bien le faire à la maison.  Si on vient à l’église pour entendre, écouter et accueillir la Parole de Dieu c’est ultimement pour accueillir celui qui s’offre à nous dans sa Parole, c’est-à-dire Dieu et le Seigneur Jésus, le Verbe incarné.  C’est la Parole de Dieu, après tout!
D’ailleurs le pape François écrit : « La Bible parle du Christ et l’annonce comme celui qui doit traverser les souffrances pour entrer dans la gloire (cf. v. 26). Ce n’est pas une seule partie, mais toutes les Écritures qui parlent de Lui. Sa mort et sa résurrection sont indéchiffrables sans elles. C’est pourquoi l’une des confessions de foi les plus anciennes souligne que « le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures et il est apparu à Pierre » (1 Co 15, 3-5). Puisque les Écritures parlent du Christ, elles permettent de croire que sa mort et sa résurrection sont vraies et sont le cœur de notre foi.
En deux mots : nos souffrances personnelles sont les souffrances de Jésus.  Sa mort devient notre mort.  Sa vie devient notre vie.  Son histoire devient notre histoire.  Et c’est parce que Jésus est mort et ressuscité que nous croyons que nous aussi nous allons mourir et ressusciter.  Cette vérité est tellement belle, elle est tellement vraie, que nous allons la répéter semaine après semaine, nous allons l’accueillir dans notre cœur afin de la mettre en pratique toujours un peu plus dans nos vies.



mercredi 1 janvier 2020

Le cadeau du temps - 1er janvier 2020


Un ancien paroissien d’une paroisse où j’ai été curé m’a fait sourire cette semaine en me souhaitant la bonne année.  Il m’a dit : « Il va falloir aller chez l’oculiste cette année. »  Et pourquoi?  « Parce que c’est l’année 20/20. »  J’ai bien rit.
Blague à part, c’est difficile de croire qu’on vient de tourner la page sur une autre décennie…  Il me semble qu’il n’y pas si longtemps c’était encore 2009….  Comme le temps passe vite.  C’est bien mystérieux le temps, n’est-ce pas?  On dirait qu’on n’en a jamais assez.  Les journées passent de plus en plus vite au fur et à mesure qu’on vieilli.  Par le temps qu’on a 80 ans le temps passe à la vitesse de l’éclair et on réalise soudainement qu’on approche de la mort.

On aimerait bien pouvoir ralentir le temps.  Ça nous donnerait la possibilité de faire plus, avec moins.  D’ailleurs, nos parents ne nous disaient-ils pas quand on était petit et qu’on avait un travail à faire : « Prends ton temps. »  Comme si le temps avait quelque chose à voir avec le travail qu’on a à faire…  « Prends ton temps » ça voulait dire « fais attention à ce que tu fais».  On dit que l’empereur romain Auguste avait choisi comme adage l’expression latine « festina lente » qui se traduit textuellement par « hâte-toi lentement. »  L’empereur aurait voulu indiquer que sur le champ de bataille rien ne peut être plus nuisible à une armée que la témérité et l’imprudence.
Nous tournons la page sur l’année 2019 et nous entreprenons une nouvelle année et une nouvelle décennie.  Cela a l’avantage de nous donner la possibilité de faire un sérieux examen de conscience par rapport à notre vie spirituelle.  Quelle est la tendance à long terme de la vie de mon âme?  Est-ce que je me relâche ou je me fortifie?  Est-ce que ma relation avec le Christ s’approfondie ou bien elle se refroidie?  Est-ce que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ s’incarne concrètement dans ma vie ou bien je la vit de manière superficielle?
Peut-être pourrions-nous prendre en exemple la Vierge Marie, la mère de Jésus, la mère du Fils de Dieu pour juger sincèrement de notre progrès spirituel.  St Luc nous rapporte au moins à deux reprises que la mère de Jésus retenait tous les événements de la vie de son fils dans son cœur et les méditait.  Quand nos parents nous disaient « prends ton temps » ou bien « hâte-toi lentement », c’était là le premier pas qui nous amène à une vraie contemplation et méditation sur notre propre vie, comme l’a fait la Vierge Marie.

Le temps est le cadeau de Dieu pour nous.  Et Jésus a voulu venir vivre avec nous dans le temps pour le transformer.  Il a donné une valeur éternelle à chaque petit moment de sa vie terrestre.  En venant parmi nous il nous a enseigné la valeur du temps comme étant l’instant qui nous unit à l’éternité.  Hier n’est plus.  Demain n’est pas encore.  La seule chose sur laquelle je peux avoir un réel impact est le moment présent. 
Présentement, vous êtes ici à l’église.  Vous ne pouviez mieux utiliser cet instant présent.  Mais vous ne pouvez rester ici toute la semaine.  Vos familles vous attendent, vos responsabilités vous appellent.  Cependant, cet instant que vous passez ici trace la route vers une meilleure utilisation du temps.  Car en définitive, personne ne reçoit plus de temps qu’un autre.  Nous recevons tous le même cadeau, le cadeau du temps.  Mais qu’en faisons-nous?

Car il faut bien utiliser le temps.  Il faut bien l’utiliser et il faut aussi savoir le partager.  La Vierge Marie peut encore nous donner l’exemple : elle a été présente auprès de son fils du début de sa vie jusqu’à la fin.  On n’en sait pas beaucoup à son sujet, mais on en sait suffisamment pour savoir qu’elle recevait le cadeau du temps de la même manière qu’elle avait reçu le cadeau de son fils : « elle conservait tous les événements dans son cœur. » 
Lors de la Veillée pascale à chaque année, nous marquons le cierge pascal en annonçant solennellement : « Le Christ, hier et aujourd’hui. Commencement et fin de toutes choses, Alpha et Omega », et puis en gravant les 4 chiffres de l’année en cours il annonce : « à lui, le temps; et l’éternité; à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles.  Amen. »
Nous avons débuté une nouvelle année.  Puisse-t-elle se dérouler sous la protection de notre mère du ciel, la mère de Dieu, la mère de Jésus, notre mère et la gardienne du temps.  Amen.